20eme Régiment d'Artillerie

 

SES ORIGINES

LA BRIGADE DE COSNE

De même que la plupart de ses frères d'armes, le Régiment est issu du Corps Royal de l'Artillerie et du Génie, créé par Louis XIV en 1693. Son numéro d'ordre n'apparut que sous le Second Empire. Le Royal d'Artillerie comprend 7 Brigades dont une dérivée de la Brigade des Colonies et commandée par de COSNE (1763). Il comprend des Artilleurs, des Ouvriers et des Mineurs.

RÉGIMENT D'ARTILLERIE DE TOUL

Le 13 août 1765, sur ordonnance du Roi Louis XV, les Brigades d'Artillerie sont transformées en autant de régiments qui prennent le nom des villes où leurs écoles sont établies. La Brigade de COSNE s'installe à TOUL et prend le nom de Régiment d'Artillerie de TOUL. Celui-ci se compose alors de 2 Bataillons à 10 Compagnies. Il connaît les garnisons de STRASBOURG (1766) et de GRENOBLE (1769). En 1771, 4 Batteries sont détachées dans l'Artillerie Navale> à TOULON.

LE 7° RÉGIMENT D'ARTILLERIE A PIED

Le 10 avril 1791, il prend alors le nom de 7° Régiment d'Artillerie à Pied et est en garnison à DOUAI. Il comprend toujours 20 Compagnies, un Etat-Major et des mineurs jusqu'en 1793. Le 70 fait partie de L'Armée du Rhin et prend part en 1792 à la Bataille de VALMY . Il demeure à STRASBOURG jusqu'en 1809 et participe à toutes les batailles du Premier Empire AUSTERLITZ (1805), IENA (1806), EYLAU (1807), ECXMUL, ESSLING, ~AGRAN (1809), TARRAGONE (1811), LA NOSKOWA (1812). Le 23 Mars 1815 il est licencié par le Roi et continue à servir l'Empereur pendant les Cent Jours.

LE RÉGIMENT DE TOULOUSE

Le 10 mai 1816, le Régiment tient garnison à TOULOUSE. Il prend le nom de Régiment de Toulouse le 17 août 1816. Il quitte la ville le 25 Mars 1819 pour RENNES.

LE 70eme RÉGIMENT D'ARTILLERIE

Le 16 août 1820, il reprend l'appellation de 70 Régiment d'Artillerie, appellation qu'il conservera jusqu'en 1854. C'est le 18 août 1820 qu'est créé l'emploi de "Lieutenant Porte-Drapeau". Pendant 30 ans, le Régiment connut de nombreuses garnisons : STRASBOUBG (1802), NONTREUIL (1805), NAYENCE (1808), STRASBOURG (1809),AUXONNE (1814), TOULOUSE (1815), RENNES (1818), DOUAI (1825 - 1826),STRASBOIJRG (1829), BESANCON (1832), BOURGES (1836), METZ (1839), RENNES(1844), LAFERE (1847) et VINCENNES (1849).

En 1820, une révolution éclate en Espagne. Au congrès de VIENNE, le Tsar, appuyé par le Gouvernement de Louis XVIII , obtient que la France intervienne militairement et aide FERDINAND VII à rétablir son pouvoir. Le 70 Régiment fournit un détachement de 8 Batteries aux 10 et 110 Corps, chargés d'intervenir. En 1823, il est présent à NALAGA, CADIX, MADRID, BADAJOZ et LERIDA. Il participe à la prise du TROCADERO et au siège de PANPELUNE. En 1829, à la suite de l'incident du Oey d1Alger, Charles X fait occuper l'ALOERIK. Le Régiment qui vient d'être reconstitué, fournit un détachement de 3 Batteries (les 100, 110 et 120) au Corps Expéditionnaire d' Algérie détachement, aux ordres du Commandant RONESTIN, embarque à TOULON le 25 mai et débarque le 14 juin en Afrique du Nord. Il y participe à l'affaire de SIDI-KALEF, aux batailles de STAOUILI, de FORT L'ENPEREUR et à la prise d'ALGER . En juillet 1849, à la suite de mouvements libéraux en Italie, les Autrichiens vainqueurs occupent les Etats de l'Eglise et marchent sur RONE, où la république vient d'être proclamée. Le Prince Louis Napoléon, Président de la République les devancent et laisse une garnison auprès du Pape. Une Batterie du Régiment est fournie à L'Armée des Alpes et participe au siège de Rome. Le 2 décembre 1851, Napoléon Bonaparte décide de dissoudre l'Assemblée Nationale et de rédiger une nouvelle Constitution. Les 3 et 4 décembre, des barricades s'élèvent dans la Capitale. Le 70 Régiment d'Artillerie est alors en garnison près de PARIS, ses Batteries sont à VINCENNES, au Fort d'IVRY et à l'école Militaire. Le 4 décembre , la 9° Batterie accompagne la Colonne et se met en position à hauteur de la rue Montmartre avec ses 2 obusiers de 16, son canon de 12, et ouvre le feu sur les insurgés. Elle tirera 11 projectiles. La 10° Batterie fournit, quant à elle, 2 obusiers pour appuyer la progression de 2 colonnes dans le Faubourg SAINT MARTIN et la rue RAMBUTEAU. Ils tireront 24 obus .

LE 160 RÉGIMENT D'ARTILLERIE A CHEVAL (OU MONTE)

Par décret du 11 février 1854, le Régiment prend l'appellation de 160 Régiment d'Artillerie à Cheval. Il est renforcé par les 30 et 40 Régiments d'Artillerie et perd des éléments qui constituent le Régiment d'Artillerie de la Garde Impériale. Le 160 est alors fort de 8 Batteries de tir. Il connaîtra les garnisons de TOULOUSE et de VALENCE (1858). EN 1855, l'Empereur NAPOLEON III s'allie à l'Angleterre et entre en guerre contre la Russie. Le Régiment fournit alors 2 Batteries à L'Armée d'Orient. La 4° Batterie débarque à GALLIPOLIS en mai 1854. Elle participe aux batailles de l'ALMA (20 septembre 1855) et d'INKERNANN.

Le 20 février 1860, par décret Impérial, le 160 Régiment d'Artillerie à Cheval devient 20° Régiment d'Artillerie à Cheval et hérite des traditions de son aîné. Le Colonel TELLIER en sera le premier Chef de Corps. Le Régiment prend garnison à VALENCE. Il comprend alors un Etat-Major et 12 Batteries de tir, à 6 Pièces chacune. En 1861, il connaît la garnison de METZ, en 1865 celle de BESANCON, puis en 1868 celle de STRASBOURG.

LA GUERRE DE 1870

Le début des hostilités est un désastre. Du 2 août au 2 septembre 1870, le Général BAZAINE est assiégé dans METZ. L'Armée du Rhin, aux ordres du Maréchal MAC MAH0N se forme à STRASBOURG , marche sur METZ mais est ébranlée aux combats de FROESCHIIILLER. Elle se reforme au Camp de CHALONS. L'Empereur se joint à elle, se trouve rejeté sur SEDAN et capitule. Une Armée tente de se reformer sur la LOIRE mais le Gouvernement de Défense Nationale capitule à son tour. Au début de ces événements, le Régiment est en garnison à STRASBOURG. Il comprend alors huit Batteries, un Etat- Major et un Peloton Hors Rang. Il est commandé par le Colonel PETITPIED. Les 1°, 2°, 3°, et Batteries constituent les Réserves d'Artillerie de l'Armée du Rhin (10 Corps d'Armée). Elles sont commandées par les Capitaines MOURIN, PERRIN, BONNET et DEBOURGES. Les 5° et 6° Batteries sont mises sur pied le 19 juillet, aux ordres des Capitaines MACE et NICOLAS. Elles constituent la Réserve du V° Corps d'Armée. Les Réserves de Batteries sont dans la place de BITCHE. Elles participeront à la défense de la Citadelle qui résista jusqu'à l'Armistice et reçut les honneurs de la Guerre. Les 7°, 8° Batteries sont mises sur le pied de guerre les dernières 4 août, les 1°, 2°, 3° et Batteries quittent STRASBOURG, aux ordres du Lieutenant-Colonel de GROUVEL. Elles vont être engagées aux cotés des 9°, 10° et 12° Régiments d'Artillerie à Cheval. Les premiers combats ont lieu à GUNSTETT, où 48 pièces sont opposées à 108 canons ennemis. Le 20° appuie le 1° Bataillon de Chasseurs du Commandant BUREAU et le 1° Bataillon du 3° Zouave.

Le 5 août, le Chef d'Escadron CLERC prend le commandement de 7° et 8° Batteries oubliées à STRASBOURG. Elles embarquent pour METZ où elles arrivent au matin du 7 août. Le 6 août, Les 4 Batteries du 1°C.A. sont engagées à FROESCHIILLER, aux cotés des 6°, 9° et 12 Régiments d'Artillerie. Les Réserves d'Artillerie du Corps sont commandées par le Colonel de VASSART . Le 7 août, les 4 Batteries se trouvent à 50 m des Tirailleurs ennemis qui gravissent les coteaux, vers ELSASSHAUSEN et FROESCHIILLER. Notre Armée, disloquée, retraite vers NIEDERBRONN. Le 15 août, les 7°et 8° Batteries sont affectées à la 3° Division de Cavalerie. Elles combattent à MARS-LA-TOUR et le lendemain à REZ0NVILLE où "Elles sont chargées par deux Régiments de Cuirassiers Prussiens avant d'avoir eu le temps de mettre en batterie." Elles relèvent 37 tués ou blessés dans leurs rangs. Au cours de ces combats, le 1° Corps d'Armée, fort de 30769 hommes au départ de STRASBOURG (dont 942 Officiers) a perdu 10737 hommes (dont 248 Officiers). Les 13° et 14° Batteries sont créées.

L' ETENDARD DU RÉGIMENT

Le Colonel PETITPIED, fait prisonnier au siège de STRASBOURG est conduit en captivité à COBLENTZ. Il obtient un sauf-conduit pour sa famille qui peut se réfugier à BALE. Son épouse obtient alors de pouvoir aller vivre à COBLENTZ avec le captif. Le Colonel lui révèle qu'il a fait enfouir dans sa cave, par son ordonnance, l'Etendard qu'il n'avait pas voulu remettre au vainqueur. Madame PETITPIED retourne à STRASBOURG. La demeure est occupée. Elle obtient néanmoins d'habiter deux pièces. Une nuit, elle se rend à la cave, et armée d'une pelle , creuse la terre et retrouve l'Etendard. Elle le dissimule dans la douillette de son fils âgé de deux ans et retourne à COBLENTZ. Après la paix, l'Etendard est ramené en FRANCE et demeure la propriété personnelle du Colonel. Sa femme le conservera jusqu'en juillet 1895. Le 5 juillet, Madame PETITPIED le remet entre les mains du Président de la République afin qu'il soit déposé aux Invalides. Le 16 avril 1871, les éléments dispersés du Régiment sont regroupés à LYON et le 20° Régiment d'artillerie à Cheval est recréé.

LA PREPARATION A LA GUERRE

Par décret du 20 avril 1872, le Régiment devient le 20° Régiment d'Artillerie de Campagne. Les régiments d'artillerie ont alors une composition uniforme, à savoir 12 batteries. Il part alors en garnison à POITIERS et est affecté à la Brigade. Il comprend alors 4 groupes de 3 batteries (à 4 pièces). Un groupe est chargé du Groupe du Cours Pratique de Tir qui effectuera, en 1899 les essais du nouveau canon de 75 mm. En 1895, le 20° envoie un détachement à MADAGASCAR, détachement composé de 2 sous-officiers et de 26 hommes. Ils y resteront 2 années.

LA CAMPAGNE DE CHINE :

La guerre de Chine allait apporter l'occasion d'expérimenter notre nouveau matériel dans les conditions réelles du combat. A l'automne 1900, le gouvernement chinois ne peut plus assurer la sécurité des légations étrangères qui sont menacées par les Boxers. Les grandes nations décident alors d'employer la force armée.Le Corps Expéditionnaire Français, commandé par le Général VOYRON est fort de 2 brigades La 2°, aux ordres du général BAILLOUD, comprend un groupe de 3 batteries de 75 modèle 1897, commandé par le Chef d'Escadron TARIEL. C'est le groupe du 20° Régiment d'Artillerie de POITIERS. Il est formé par les 13°, 14° et 15° batteries. Le 29 août 1900, la 14° et la 15° batterie embarquent sur le Nataplan à MARSEILLE, l'Etat-Major du groupe et la 13° batterie embarquent le 8 septembre sur l'AMIRAL BAUOIN. Le groupe débarque à TAKOU les 14 et 17 octobre. Les batteries sont affectées aux groupements de PEKIN, PAO-TING-FOU et TIEN-TSIN. L'artillerie est employée par section, commandée par un Lieutenant, en accompagnement des colonnes d'Infanterie qui pourchassent les Boxers.

Les principales opérations seront :

* Du 4 au 22 novembre 1990 : La Colonne des Tourteaux Impériaux

* De février à mars 1901 Les Colonnes de PAD-TING-FOU, NOANTCH]DD, TING~HEO~ et CHK-NAEN.

* Le 31 décembre 1900, le Colonel GUILLET, commandant un régiment de Zouaves est chargé de disperser 2000 hommes qui se sont réfugiés à CHE-MAEN, sur la Montagne Jaune. Trois compagnies d'infanterie et la section de 75 de la 15° batterie, section commandée par le Lieutenant MALANDRIN lui sont envoyées en renfort et arrivent au cantonnement à 13 heures 30. Le Général BAILLOUD se rend sur place et effectue une reconnaissance, escorté par la section de 75. Il essuie le feu des Boxers et fait donner l'artillerie. Après un rapide réglage, le Lieutenant MALANDRIN commande un tir progressif qui met l'ennemi en fuite. Le lendemain, à 9 heures, 3 colonnes se portent vers la Montagne Jaune pendant qu' un détachement de cavalerie effectue un mouvement sur les arrières de la position tenue.

LES REORGANISATI0NS DE L'ARTILLERIE

Le 10 septembre 1901, 6 batteries du Régiment constituent l'artillerie de la 170 Division d'Infanterie, les 6 autres sont affectées à la 180 Division d'Infanterie. Chaque batterie comprend alors 4 Officiers, 170 hommes, 169 mulets . En 1904, le Chef de Corps reprend le commandement des 12 batteries. Les 6 premières constituent l'artillerie de la 170 Division, les 6 autres l'artillerie du IX° Corps d'Armée.

LES MANOEUVRES : 1912 - 1914

Du 23 juillet au 6 août 1911., il participe à des écoles à feux à LA COURTINE. Il y retourne en avril. mai et juin 1912 . En 1913 le Colonel BESSE en prend le commandement. Le Régiment effectue des tirs à BIARD , au RUCHARD , à RUFFEC-LES-CHATEAUX. En août et septembre 1913, le IV° Groupe prend part aux manoeuvres d'Armée à MARNANDE. En 1914 , le Lieutenant-Colonel LAFONT prend le commandement et le 20 mai , le 20° effectue des écoles à feu à LA COURTINE avec la 17° Division d'Infanterie.

 

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Dans les premiers jours du mois d'août 1914, à la suite du conflit dans les BALKANS, l'Europe s'engage dans la guerre. Les 1°, 11° et 111° Groupes, dotés de canons de 75 mm, constituent l'Artillerie de la 170 Division d'Infanterie (IX° C.A.). Le IV Groupe, armé de canons de 155 mn donne naissance au 220°Régiment d'Artillerie de Campagne, Artillerie organique de la 59° Division. Elle constitue la réserve du IX° Corps d'Armée. Le Groupe allait être utilisé en renforcement du 20° Régiment d'Artillerie Nord Africain. Le 2 août 1914, le Régiment est mobilisé à POITIERS. Le 7 août, il embarque à destination de BRATTE (MEURTHE et MOSELLE ) . A peine arrivés, les 1° et 11° Groupes repartent pour le NORD tandis que le 111° Groupe va tout d'abord combattre en LORRAINE.

L'OFFENSIVE ALLEMANDE (août à novembre 1914)

Afin d'envahir la FRANCE par sa frontière la plus vulnérable, celle du Nord, L'Armée Allemande pénètre en BELGIQUE et marche sur BRUXELLES. Le général JOFFRE commandant en Chef de L'Armée Française, lance de vastes offensives sur cette frontière et en LORRAINE où nos troupes sont massées mais les défaites de MONS (le 21 août) et de CHARLEROI (le 23 août) nous contraignent à nous replier sur la MARNE. Le 23 août 1914, les 1° et 11° Groupes ouvrent le feu en BELGIQUE . Grâce aux salves répétées de nos 75, l'Artillerie ennemie est réduite au silence et la poussée allemande ralentie. Le 77° Régiment d' Infanterie, passant le soir devant nos pièces qui protégeaient sa retraite, criait aux artilleurs : "Merci le 200, vous nous avez sauvé la vie." Mais commence la retraite vers la Marne. Le 30 août 1914, le Régiment livre combat dans les ARDENNES . La nuit durant, les brancardiers du 20° ramassent les blessés jusque dans FAUX qui brûle. Le 10 septembre, le 20°, pris à partie à JUNIVILLE par une artillerie supérieure en nombre, en portée et en calibre tient jusqu'au bout sur ses positions pour couvrir le repli de sa Division. A la tombée de la nuit, toutes les troupes décrochées battent en retraite vers REIMS. La poussée allemande semble ralentie et nous livrons combat à FERE-CHAMPENOISE, le 5 septembre 1914. Du 6 au 9 septembre, notre ultime résistance arrête l'ennemi sur la MARNE. Le 20° participe aux batailles du MONT-AOÛT et des marais de SAINT-GOND, près de BANNES. Le Colonel commandant le 20° est cité à l'Ordre du Corps d'Armée :

"le Général Commandant le IX° Corps d'Armée met à l'ordre du Corps le Colonel BESSE, commandant le 20° Régiment d'artillerie, pour sa belle attitude au feu et celle des batteries sous ses ordres. Le Chef de Corps qui, depuis le début de la campagne a fait preuve de coup d'oeil et d'une connaissance complète de son arme a, particulièrement dans la journée du 6 septembre montré un sang-froid remarquable en restant près du village de BANNES, en première ligne , presque sans soutien , sous le feu de 1 'ennemi pendant sept heures consécutives. C'est grâce à la très belle attitude de ses batteries, auxquelles il a su communiquer le sentiment du devoir qui 1 'anime, que la position de BANNES n 'a pas été occupée par 1 'ennemi."

Général DUBOIS, commandant le IX° Corps d'Armée.

Le 9 septembre, notre infanterie épuisée recule, débordée par la supériorité numérique de l'ennemi. Le Régiment prend position au nord de LINTHES et balaie de ses feux le plateau de la ferme de SAINTE-SOPHIE où la Garde Prussienne s'est engagée. Les rangs ennemis sont impitoyablement fauchés mais sont bientôt renforcés par des troupes nouvelles. La Garde parvient jusqu'à 800 m de nos batteries.La 6° batterie est désignée pour couvrir la retraite des 2 autres du 11° Groupe. Quarante minutes après en avoir reçu l'ordre, la batterie a presque épuisé ses munitions et la Garde Prussienne poursuit son avance. Le Maréchal des Logis Arsène BODIN, chef de la 4° pièce fait pousser à bras ferme son canon sur la crête afin de pouvoir effectuer un tir direct. Trente minutes plus tard, n'ayant plus que 5 obus, il fait descendre son canon dans la vallée où se trouve l'avant-train. Sous les feux nourris de l'Infanterie et de l'Artillerie ennemies, il accroche sa pièce, dételle un cheval tué et parvient à rejoindre sa batterie. Ce Sous-officier sera cité à l'Ordre de l'Armée pour son acte de bravoure. A la nuit, le IX° Corps est renforcé de la 42° Division de réserve. La Garde Prussienne est rejetée dans les marais. L'offensive allemande a été arrêtée à moins de 30 km de PARIS. L'ennemi tente de déborder notre front sur sa gauche afin de s'emparer des ports où débarquent les troupes britanniques.

 

LA COURSE A LA MER

Le 15 septembre, le Régiment est reconstitué près de LUNEVILLE dans les massifs de MORONVILLERS. Il embarque le 28 octobre pour les FLANDRES. La 17° Division enlève ZONNEBEKE. Nous sommes à l'extrême pointe du saillant d'YPRES. Les Allemands s'acharnent sur l'Armée Anglaise vers ZILLEBEKE et GELUVETT. Au début du mois de novembre, les Anglais ont épuisé leurs dernières forces et sont sur le point d'abandonner les collines : Le saillant d'YPRES est menacé. La 170 Division engage alors ses dernières réserves d' Infanterie. Dans un terrain à peine reconnu, trois batteries du Régiment prennent position, déclenchent une série de tirs progressifs avec fauchage qui arrêtent et déciment les rangs de la Garde Prussienne, sauvant les troupes anglaises. Le IX° Corps d'Armée, auquel appartient le Régiment, est cité à l'Ordre de l'Armée Belge . "le Général Commandant le détachement de 1 'Armée de Belgique cite à l'Ordre de l'Armée le IX Corps d'Armée pour l'énergie et la ténacité dont il a fait preuve au cours des combats qui se sont déroulés sans interruption, du 21 octobre au 13 novembre 1914.

Le Général d'URBAL, commandant le détachement de l'Armée de Belgique.

Notre front n'a pas été débordé, l'équilibre des forces en présence compromet l'espoir d'une issue rapide. La vie reprend à l'arrière tandis qu'au front commence la Guerre de Position.

LA GUERRE DE POSITION (novembre 1914 - Mars 1918) LES FLANDRES - L'ARTOIS

Alors que la guerre s'enlise dans les FLANDRES, le Lieutenant-Colonel LAFOND succède au Colonel BESSE, le 10 novembre 1914. Afin de préparer une offensive en ARTOIS, la 17° Division est relevée par des troupes britanniques en mars 1915. Du 9 au 25 mai, le Régiment prend part aux attaques de LOOS et de NEUVILLE-SAINT-VAST, dans la région d' ARRAS. Lors de l'offensive générale du 25 septembre 1915, le 20° est en position au sud d'ARRAS. Le 8 octobre, la Division, qui vient de relever une Division anglaise repousse une attaque sur LOOS et " nos tirs sont si précis que les fantassins, dans les tranchées, applaudissent à 1 'hécatombe que font les tirs de barrage."

VERDUN

En avril 1916, la 17° Division est envoyée dans le secteur de VERDUN et doit défendre la COTE 304. Ses pertes en Officiers, sous Officiers et canonnier sont effrayantes "On voit des cyclistes, des cuisiniers, des té1éphonistes se mettent d'eux-mêmes au service des pièces et remplacer les servants qui sont tués, mais à aucun instant le tir n'est ralenti."

Le 3 septembre 1916, le maitre-pointeur Victor LAZIOU est cité à l'ordre du Corps d'Armée : détaché près de l'Infanterie comme téléphoniste, il est demeuré à son poste de la COTE 304 du 16 avril au 5 mai, sous les plus violents bombardements. L'Infanterie ayant dû se replier, il est resté entre les lignes et n'a pas cessé de rétablir les lignes téléphoniques constamment détruites. N'ayant pas été touché par l'ordre de rejoindre son groupe et considéré comme disparu, il n'est revenu à sa batterie qu'après être resté deux jours, sans vivres, s' assurant que le poste avec lequel il établissait la liaison était détruit ou abandonné. En rentrant, il a aidé au transport d'un camarade blessé et a rapporté, non seulement son matériel téléphonique mais encore un projecteur abandonné. Il s'est alors présenté à l'Officier Téléphoniste en lui disant : " lieutenant, je n'ai pas pu rapporter la caisse du projecteur car elle était trop lourde pour moi."

Le Régiment quitte l'enfer de VERDUN en y laissant la moitié de ses hommes et de son matériel. Son Etendard sort de la bataille décoré de la Croix de Guerre avec une nouvelle citation à l'Ordre du IX° Corps d'Armée : "A soutenu son Infanterie avec la plus grande énergie au prix de grandes fatigues et de lourdes pertes, tirant sans répit, pendant des journées entières, sous le feu précis et très violent de l'ennemi."

A VERDUN, mai 1916, Le Général PENTEL, commandant le IX° Corps d'Armée

LA SOMME

Le Régiment se reconstitue en CHAMPAGNE puis est embarqué pour la SOMME où il participe aux batailles de PERONNE-BAPAUME et à la prise de SAILLY-SAILLISEL, dans la région de PERONNE. La 17° Division est relevée le 8 décembre 1916 par des troupes britanniques et prend le secteur de BOUCHAVESNES-CLERY. Le Lieutenant Colonel LAFOND qui commandait le Régiment depuis novembre 1914 est envoyé en mission en ROUMANIE. Le Lieutenant-Colonel GIRARD prend le commandement, il est bientôt remplacé par le Lieutenant-Colonel BACOT.

L ' AISNE

Le 16 avril 1917, la 17° Division est engagée. Elle prend position dans la région des buttes DE LA VILLE AUX BOIS et de PONTAVERT. Le 11° Groupe déclenche à plusieurs reprises des tirs d'anéantissement sur les pentes Est du plateau de CRAONNE, malgré de violents bombardements des positions. , le Régiment, en position devant la ferme d'HEURTEBISE, effectue des tirs sur les plateaux d'AILLES et sur celui des CASEMATES; il arrête l'ennemi dans son propre secteur, au pied du monument d'HEURTEBISE le 28 juillet 1917.

LE DENOUEMENT

L'ennemi est décidé à remporter la victoire avant l'arrivée des troupes américaines et lance des offensives en PICARDIE, dans la MEUSE, sur l'AISNE et dans l'OISE.

LA PICARDIE

Le 28 juillet 1917, le Lieutenant-Colonel MAURY succède au Lieutenant- Colonel BACOT. De septembre 1917 à mai 1918, le Régiment est en LORRAINE. Le 29 Mars 1918 , la Division embarque pour la PICARDIE et arrive le jour même à PONT-SAINT-MAXENCE. Le Régiment est engagé à l'ouest de MOREUIL. Ses tirs précis arrêtent à plusieurs reprises les percées ennemies. Le 9 avril 1918 , le Sous-Lieutenant PARLEBAS cherche à régler un tir. Le clocher de ROUVREL (S0MME) qui lui sert d'observatoire est en but à un tir persistant. La fumée des projectiles ennemis est telle que l'observation devient impossible. Après un quart d'heure, agacé, le Sous-Lieutenant PARLEBAS, s'adressant à un second observateur, s'écrie : A 1a fin, ils m'embêtent , je vais faire de la musique en attendant que je puisse observer ! " Et, paisiblement, au milieu du fracas du canon, il s'installe à l'harmonium de l'église.

LA MEUSE

Le 25 avril 1918, après un court repos, la Division occupe TROYON, dans le secteur de SAINT MIHIEL et y demeure jusqu'en juillet 1918. Le Lieutenant- Colonel MAURY prend alors le commandement et la Division est envoyée dans la région de VILLERS COTTERETS. Le 3 août 1918, la Division relève, à PONT-SAINT-MAXENCE (0ISE) la 15° Division Ecossaise, venue participer à la Seconde Bataille de la MARNE. Le 3 août 1918, l'ennemi ayant battu en retraite, le Régiment appuie sa poursuite jusque dans le ravin de SERCHES où il s installe pour défendre nos premières lignes de la VESLE. Il conserve ces emplacements jusqu'au 10 août 1918, et ce, malgré de violents bombardements à l'ypérite. Tout le personnel d'une batterie doit être évacué.

L'OISE

Le 10 août, le Régiment est relevé et après une série de marches de nuit, prend position dans la nuit du 15 au 16, au sud-ouest de MOULIN- SOUS-TOUVENT , dans le secteur de COMPIEGNE il participe à l'attaque de la 48° Division d'Infanterie sur NANPCEL et BLERANCOURT. Le 17 août 1918, le Régiment est mis à la disposition de la 55° Division d'Infanterie. Avec elle, il participe à l'attaque du plateau d'AUTRECHES. Les tranchées du TIBIA et de la ROTULE sont reprises à 1' ennemi. Le 18 août , la 55° Division enlève la ferme du TRIOLET. Dans la nuit du 18 au 19 août, le Régiment est mis à la disposition de la 48° Division et reprend ses positions de MOULIN-SOUS-TOUVENT pour participer à l'attaque du 20 août. Dans la nuit du 19 août, le 1° Groupe se porte à 800 m au sud-ouest de la ferme du TRIOLET et, dès le début de l'attaque du 20°, les deux autres Groupes se portent à sa hauteur pour accompagner au plus loin l'Infanterie de la 48° Division . Dans la nuit du 20 au 21 août, le 20° retrouve sa Division d'origine qui est à la disposition du XXX° Corps d'Armée. L'ennemi est poursuivi depuis la côte 160 jusque CRECY-Au-MONT (AISNE). Le 25 août, au matin, le 20° effectue une série de tirs de barrage pour arrêter une contre-attaque. A 8 heures, commence une préparation d'artillerie pour une attaque de la 17° Division qui est déclenchée à 10 heures. Le 29 août, nouvelle attaque de la Division qui doit aller au-delà de l'AILETTE. 45 minutes après le débouché de l'Infanterie, le 1° Groupe se porte en avant de deux kilomètres, mais la progression de l'Infanterie étant stoppée, le Commandant du Groupe fait arrêter lui-même les batteries et tire de cet emplacement. La belle attitude du 200 au cours de ces combats lui vaut d'être cité à l'Ordre de l'Armée . Le 18 octobre 1918, au Lieutenant-Colonel MAURY succède le Lieutenant- Colonel GAZEL. Jusqu'à son arrivée, le 14 novembre, l'intérim est assuré par le Chef d' Escadron MAGNER. Du 18 octobre au 9 novembre, le Régiment prend part à la poursuite de l'ennemi, depuis la SERRE jusqu'au THON.

Le 11 novembre, l'Allemagne est contrainte de capituler. Le Régiment est alors au cantonnement à CUISSE-LAMOTTE (AISNE). Il y demeurera jusqu'au 15 décembre et rejoindra SARRELOUIS par étapes. Le 31 janvier, en raison des opérations de démobilisation, le 20° fusionne avec le 220° pour prendre le nom de 20°/220° Régiment d'Artillerie de Marche; aux ordres du Colonel BACOT. Fin février 1919, le Régiment embarque à NASSAU et participe à l'occupation de la tête de pont de COBLENTZ . A la fin du mois de juillet 1919, il retrouve enfin sa garnison de POITIERS.

La Fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre avec une seconde citation à l'Ordre de l'Armée conclut sa conduite glorieuse. (Ordre N0352 de la X° Armée) "Régiment qui a toujours soutenu l'Infanterie de la 17° Division d 'Infanterie avec le plus grand esprit de sacrifice depuis le début de la campagne Après la rupture de HUNDINGSTELLUNG et la prise de VERNEUIL-SUR-SERRE auxquelles il a participé le 19 octobre 1918 en avançant des batteries avec le plus grand mépris du danger, a pris part à la poursuite de l'ennemi de LA SERRE au THON et , quoique fortement ypérité la nuit qui a précédé le repli allemand, a pu poursuivre de très près l'Infanterie de la 17° Division malgré tous les obstacles accumulés sur sa route, passant des rivières, soit sur des ponts de fortune, soit à pied avec de l'eau jusqu'au poitrail, et a réussi par ses tirs rapides et précis à empêcher 1 'ennemi de s 'accrocher sur le THON."

Au G.Q.A., le Général MANGIN, commandant la X° Armée.

Dorénavant, son Etendard peut s'enorgueillir de porter les noms suivants : VERDUN - L'AISNE - LA SERRE -

 

L'ENTRE DEUX GUERRE

A l'issue de la Première Guerre Mondiale, le régiment retrouve ses quartiers de POITIERS. Il est dissous en 1929 pour former le 109° Régiment d'Artillerie. Puis il est reconstitué à POITIERS le 10 octobre 1936 et prend l'appellation de 20° Régiment d'Artillerie Nord-Africain. C'est un régiment mixte composé d'européens et de Tunisiens. Il constitue l'Artillerie organique de la 3° Division d'Infanterie Nord-Africaine. Celle-ci est aux ordres du Général CHAPOULY qui en prend le commandement, venant de la 1° Division d'Infanterie Nord-Africaine. L'artillerie divisionnaire est commandée par le Colonel BESSON. Le 20° est aux ordres du Colonel NOIROT-NERIN depuis le 10 octobre 1937, il succède au Colonel FERRE .

Lors de l'entrée en guerre, le régiment sera composé : de 3 groupes de 75 hippomobiles , d'une batterie anti-char équipée du canon de 47 mm , d'un groupe 105 court et de 155 court Schneider. Ces deux derniers vont constituer le 220° Régiment d'Artillerie Nord-Africaine, aux ordres du Lieutenant-Colonel BOUBEE de GRAMONT. Ses batteries sont hippomobiles. Les régiments d'Infanterie de la Division sont : le 14° Régiment de Tirailleurs Algériens , le 15° Régiment de Tirailleurs Algériens, le 22 ° Régiment de Tirailleurs Algériens. A la formation des 5° et 6° Divisions d'Infanterie Nord-Africaine, cette unité sera remplacée par le 12° Zouave, aux ordres du Lieutenant-Colonel TISSANE.

 

LA CAMPAGNE DE FRANCE

MOBILISATION :

Le 21 août 1939, le régiment met sur pied son premier échelon en 24 heures, sous les ordres du Colonel NOIROT-NERIN. Le 25 août, les Officiers de réserve reçoivent par convocation individuelle, l'ordre de rejoindre " immédiatement et sans délai " . Le 20eme RANA débarque près de SEDAN, à CARIGNAN, le 23 août 1939 et installe ses cantonnements à BEAUMONT. L'échelon "B" comprenant le complément de l'Etat-Major et des 1er et 2eme Groupes s'embarquent dans les premiers jours de septembre. L'échelon "C" qui donnera naissance au IIIeme Groupe, sous le commandement du Chef d'Escadron BENOIT, s'embarque en gare de POITIERS le 9 septembre et débarque le 12 à STENAY. Des positions de groupes sont reconnues sur la rive gauche de la MEUSE dans les régions de VILLERS devant MOUZON, des travaux d'aménagement sont entrepris et des tirs préparés. Les pièces demeurent au cantonnement. Le 13 septembre 1939 au soir, le régiment est regroupé car la Division quitte la région de DUN-SUR-MEUSE pour aller en opération de couverture, sur la Ligne MAGINOT près de THIONVILLE. Les étapes, sous la pluie, sont pénibles pour tous. Les chevaux de réquisition manquent d'entraînement. Nous relevons la lere Division de Cavalerie. Le 2Oeme met en batterie dans la nuit du 17 au 18 septembre 1939, occupant les positions du 72eme Régiment d'Artillerie. L'Etat-Major est installé dans une maison forestière, à 2 km au sud-ouest de REMELING. Le secteur est calme, quelques tirs de mise en place sont effectués. Des travailleurs ennemis sont décelés par nos observatoires. Puis le 1er octobre 1939, la 3eme DINA est ramenée en arrière de la ligne MAGINOT, elle y est remplacée par des éléments de cavalerie. Les 2erne, 5eme, et 7eme Batteries restèrent en place jusqu'au 8 octobre, date a laquelle elles furent à leur tour relevées et rejoignirent leurs Groupes dans la région de METZ. Cette période est marquée par de nombreuses pertes dans les équipages hippomobiles qui ne sont pas habitués à se nourrir d'avoine et qui supportent mal les étapes et les bivouacs de nuit. Mais le régiment est assez vite recomplété en chevaux. Au cours de l'hiver différents travaux sont effectués : les unités poursuivent leur instruction à l'échelon batterie, groupe, régiment. Des manoeuvres sont réalisées avec l'Infanterie. Un champ de tir de fortune est installé dans la région de PAUVRES, prés de VOUZIERS, et des écoles à feu ont lieu. Les différent secteurs d'Armée sont reconnus et une contre-attaque avec troupes et chars est même étudiée et répétée sur l'axe RANCOURT-SEDAN. Le 11 novembre 1939, le régiment passe sous les ordres du Chef d'Escadron MALMARY qui est nommé Lieutenant-Colonel le 25 décembre. Le 15 janvier 1940, le régiment est mis en alerte. Il rejoint la zone de défense en direction de BEAUMONT. L'alerte n'a pas de suite et par une température glaciale, le régiment rejoint ses cantonnements. Il laisse néanmoins le personnel nécessaire à la création de positions de renforcement, derrière les divisions en lignes. Ces positions sont au Sud-Ouest de MOUZON pour l'Etat-Major du régiment. Le I /20eme se voit confier le sous-secteur d'INOR, le II /2Oeme celui de MOUZON, et le III /2Oeme celui d'ANGECOURT, en arrière de la 7l eme Division d'Infanterie. Le III/20eme occupe le sous-secteur de la 55eme Division d'Infanterie. Dans le froid, les positions sont organisées. L'instruction continue aux cantonnements. Des tirs sont effectués au camp de TAHURE. Les attelages sont prêtés à l'agriculture pour les labours de printemps.

DANS LE SECTEUR DU RÉGIMENT

Le 10 mai, le village de MOUZON est réveillé à 4 heures par des tirs De D.C.A. contre des avions de reconnaissance ennemis. La population apprend par la radio que les Armées Allemandes viennent de pénétrer en BELGIQUE. Cette dernière mesure est l'ordre d'occupation des PC de combat. La région est survolée par des avions ennemis qui bombardent la région nord-ouest de NOUZON. A 8 heures, le IIeme Groupe reçoit l'ordre de rejoindre CARIGNAN, PC de la Brigade de Cavalerie GAILLARD qu'il doit appuyer. Le Colonel MALMARY va présenter le Lieutenant de TAILLY, Officier de liaison au Général GAILLARD. La journée est calme. Le 11 mai 1940, la Brigade de Cavalerie a franchi la frontière. Le IIeme Groupe se déploie en lisière du bois de BANET, au sud-est de FLORENVILLE. Les éléments de tête de la Brigade sont arrêtés à hauteur de la route de BOUILLON-FLORENVILLE et demandent le tir du Groupe d'Artillerie. Vers 12 heures, la 5eme Division de Cavalerie, à gauche de la Brigade, est durement engagée. Tout laisse supposer que l'ennemi fait effort sur SEDAN. Sur notre position de résistance, le commandant du IIIeme Groupe signale quelques pertes dans sa colonne de ravitaillement, au bois de DIEULET. NOUZON a été bombardé vers 8 heures du matin. Dans la nuit du 11 au 12 mai, la Division de Cavalerie décroche avec des pertes sérieuses et se replie en lisière du bois de BANET . Le 12 mai, la 5eme Division de Cavalerie, bousculée, reflue. La Brigade GAILLARD commence de repasser le CHIERS. Notre 2eme Groupe passe à CARIGNAN vers 12 heures où il se réapprovisionne en munitions. A 14 heures, il rejoint ses emplacements dans la position de résistance. Les ponts de la CHIERS sont détruits. Les deux Groupes d'Artillerie Lourde tirent sur CARIGNAN pour détruire les munitions restantes. Le 13 mai 1940, MOUZON est à nouveau bombardé. Grâce aux travaux de protection effectués, les pertes du III eme Groupe sont minimes. Le l4eme Régiment de Tirailleurs Algériens signale une amorce de passerelle vers TETAIGNE. A 19 heures, le III ème Groupe effectue un tir d'arrêt de 200 coups, demandé par les Tirailleurs, sur un rassemblement ennemi. Le tir est excellent : les passerelles du CHIERS sont détruites; 40 ennemis, pris au piège, sont faits prisonniers.

Le 20 juin, le 20° R.A.N.A. appuie différents éléments d'infanterie et de cavalerie, dont la 2ème Brigade des Spahis, autour de la MONTAGNE DE SION. La situation ne cessant de s'aggraver et l'armistice de RETHONDES venant d'être signé, le Lieutenant-Colonel MALMARY reçoit l'ordre de brûler les archives, Fanions de Groupe et de Batterie et l'Étendard du Régiment. Voulant rejoindre ses hommes pour finir les combats au milieu d'eux, il tombe dans une embuscade et est fait prisonnier près de THOREY-LYAUTEY ; Il a cependant encore la satisfaction de voir tomber les tirs du Régiment sur les lignes allemandes et les pertes qu'il fait subir aux forces ennemies. Le 23 juin, la 3ème D.I.N.A. devra se rendre, le Général commandant la Division demanda à toutes ses unités de le faire "dans un ordre impeccable, en formations correctes et de montrer la discipline rigoureuse d'une troupe digne d'un meilleur sort". Avant de livrer son matériel aux Allemands, le 20° avait bien pris soin de le mettre hors d'usage.

En 18 jours de combats intenses, le 20° R.A.N.A. comptait une cinquantaine de morts, de nombreux disparus parmi les Nord Africains pour lesquels il fut difficile de retrouver l'identité, 60 blessés et plus de 200 chevaux tué. C'est là, comme pour toute l'armée française, le rythme des pertes subies à VERDUN en 1916 lors de la plus sanglante des batailles de la Grande Guerre qui figure sur l'Étendard du 20° R.A..

 

 

LA RENAISSANCE DU 2O° RÉGIMENT D'ARTILLERIE

Après les actions de guérilla entreprises contre l'Armée allemande dans toute le France au moment du débarquement des Alliés en juin 1944, les armées ennemies attaquées de front par de puissants contingents débarqués, et harcelées sur leurs arrières par les Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.), replient le gros de leurs effectifs vers l'Est en direction de la frontière franco-allemande. Certains de leurs éléments préposés à la défense des côtes de l'Atlantique font front autour d'importants réduits, LORIENT, ST NAZAIRE , LA ROCHELLE , ROYAN, SOULAC . C'est ainsi qu'au mois d'octobre se constitue le front de la poche de St Nazaire: 35 000 Allemands repliés sur la région St Nazaire - Pornic, puissamment armés, couverts par une ligne d'avant-postes solides, résistent à un ensemble hétéroclite composé de bataillons F.F.I. dotés d'un armement léger et dont l'origine et les qualités militaires sont très diverses.

Aux mois d'octobre-novembre 1944, le Colonel CHOMEL prend le commandement de ces forces et va, avant toutes choses, organise le Front . Le Colonel CHONEL a tenu le maquis de l'Indre. Il arrive avec près de 3000 hommes, militaires disciplinés provenant des 32°RI., 27°RI., 17° BGP et 8° Cuirassiers, Régiments de l'ex-9ème Division Militaire de l'Armée de l'Armistice. C'est autour de ces noyaux militaires solides que va être entreprise l'organisation du front des Forces Françaises de la Loire Inférieure (F.F.L.I.), organisation qui va durer plusieurs mois. Un des premiers soins du Colonel va être la création de son artillerie. C'est à cet effet qu'il fait appeler, au début de décembre, le Lieutenant-Colonel BLANQUEFORT qui avait participé avec lui à la guérilla dans l'Indre durant l'année 1944. Au début de novembre 1944, l'artillerie du secteur de St Nazaire est essentiellement constituée par de l'artillerie américaine au nord de la Loire et de deux batteries de 76,2 américains servies par du personnel français. Vers le 15 novembre, venant de l'Indre, arrive le Colonel CHONEL à la tête de la Brigade Charles Martel. Celle-ci comprend quelques éléments d'artillerie embryonnaires aux ordres du Capitaine KOCH. Ces éléments vont rejoindre à l'artillerie existant dans le secteur. Le Capitaine KOCH et le Capitaine POUPET s'emploient dès lors à reconnaître le matériel existant sur le territoire en vue de constituer de nouvelles batteries. La mise sur pied du nouveau régiment commence avec l'énergie et le bon vouloir de chacun . Les batteries occupent des positions camouflées dans la campagne à une certaine distance des fermes servant de cantonnement. Les tirs consistent en tirs d'accrochage et de représailles. Ils sont conduits dans un hiver très rigoureux par des hommes sans manteaux ni chaussures qui endurent avec stoïcisme les souffrances d'un grand froid. Sur le front de l'Atlantique, qui comporte les poches de LORIENT, SAINT NAZAIRE, LA ROCHELLE , la réputation que s'acquiert le 20ème amène le commandement à prélever cinq de ses batteries (2ème, 6ème, 10ème, 11ème et 12ème) qui, avec le Lieutenant-Colonel BLANQUEFORT, iront participer à l'attaque de ROYAN. Le 2 avril, la consécration de la renaissance du 20ème est officielle. Dans une magnifique cérémonie sur la place de la Concorde à PARIS , le Général DE GAULLE remet au Lieutenant-Colonel BLANQUEFORT, commandant l'artillerie de la 25ème Division, l'étendard du Régiment. A la date du 8 mai, cessation des hostilités sur le front de l'Atlantique, les 12 batteries du 20ème sont nées et baptisées par le feu. Partis de rien, n'ayant que leur ardent patriotisme, les canonniers du 20ème ramassant le matériel et les munitions étrangères sur le sol de leur pays mutilé, ont tiré plus de 40 000 coups de canon sur les Allemands et contribué vaillamment à la libération du territoire sacré de la Patrie. 54 citations dont une pour la 8ème Batterie récompensent leur abnégation et leur courage. Après la reddition de la poche de SAINT NAZAIRE, le 20ème vient stationner sur la côte . Le 24 et le 26 juillet, le Lieutenant-Colonel BLANQUEFORT présente le Régiment à l'Étendard.

L'ARTILLERIE PARACHUTISTE

Officiellement reformé en 1945, le 20ème devient Régiment d'appui direct de la 25ème Division créée sur le front de Saint Nazaire . Le 1er novembre de la même année, en même temps que la 25ème D.I., il devient parachutiste et, sous le nom de 20ème R.A.P., il s' installe à TARBES et à BORDEAUX . Le 24 avril 1946, il fait mouvement sur l'Afrique du Nord, pour se fixer à ALGER et SETIF. En 1947, la 25ème D.A.P. ne comprenant plus qu'un seul groupe, jusqu'en 1949 où, à sa dissolution, il donne le reste de ses éléments au 35ème R.A.L.P. Le 1er septembre 1955, le numéro 20 est donné au groupe de marche du 35ème R.A.L.P. de retour d'INDOCHINE. Le 1er juillet 1956, est créée la 10ème Division Parachutiste dont le P.C. s1installe à. Hydra. Aux ordres du Général MASSU , elle comprend des régiments prestigieux: le 1er et le 9ème R.C.P., le 1er R.E.P., le 2ème, le 3ème et le 6ème R.P.I.Ma., le 13ème R.D.P.. Le 20ème G.A.P. constitue l'artillerie de cette Division avec laquelle il se regroupe dans l'Algérois pour s'entraîner en vue de l'expédition d'EGYPTE. Le 5 novembre 1956, des éléments de la Division sautent sur PORT-FOUAD et PORT-SAID. Les observateurs peuvent alors régler des tirs de la Marine. Cette opération se révèle un succès militaire mais un échec diplomatique; elle marque cependant les premiers grands succès de la 10ème D.P. Fin décembre, le Régiment est de retour dans l'Algérois où, tout au long de 1957, il participe au maintien de l'ordre à ALGER. En juillet 1957, dans l'Est de BLIDA, il participe à la pacification, ouvrant des pistes, regroupant des populations. En 1958, après les événements du 13 mai qui portèrent au pouvoir le Général DE GAULLE, la Division repart en opérations dans le TITTERI et la KABYLIE. Le 15 février, avec tout le reste de la Division, le 20ème G.A.P s'installe à BLIDA. Jusqu'au 30 avril 1961, la 10ème D.P. est en KABYLIE, à la frontière tunisienne . Elle reçoit des témoignages d'admiration du Ministre des Armées, du Général en Chef, du Général commandant le Corps d'Armée d'Alger. Le 22 avril 1961, elle réussit à maintenir sa discipline, prouvant ainsi son extraordinaire cohésion. La 10ème D.P. ( et donc le 20ème G.A.P. ) est dissoute le 31 avril 1961.

Redevenu 20ème R.A. en mai 1961, le Régiment compte alors deux groupes. Mais en septembre, le 1/20 est dissous; un an plus tard, c'est au tour du 11/20. Leur personnel rejoint alors le 35ème R.A.P . Un 1/20 est immédiatement reformé à partir du 11/4ème R.A., régiment dont le Lieutenant BONAPARTE fut un des officiers. En 1968, le 1/20 devient 20ème R.A.. En garnison à LIMOGES depuis 1962, il revient dans sa ville de tradition, POITIERS, dès 1977.

L'étendard du régiment porte la croix de guerre 1914/1918 avec deux palmes ; la croix de guerre 1939/1945 avec une palme ; La fourragère aux couleurs de la croix de guerre 1914/1918 . Il est inscrit dans les plis : Sébastopol 1854/1855 - Solférino 1859 - Verdun 1916 - L'Aisne 1918 - La Serre 1918 .

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